Une foi anxieuse
Nous prions : « Que ta volonté soit faite », mais en même temps, nous planifions déjà pour le pire. Comment cela peut-il encore s’appeler la foi ?
Nous connaissons tous ce sentiment. Nous prions pour quelque chose d’important — une opération médicale, un emploi, une décision difficile — et pourtant le sommeil ne vient pas. Nous tournons et retournons dans notre lit, construisant dans notre esprit tous les scénarios possibles de ce qui pourrait mal tourner.
Nous prions : « Que ta volonté soit faite », mais en même temps, nous planifions déjà pour le pire. Nous vérifions les polices d’assurance. Nous imaginons les conversations difficiles que nous devrons avoir. Nous planifions même les funérailles.
Alors une question surgit inévitablement : comment cela peut-il encore s’appeler la foi ?
Un passage de l’Évangile de Marc capture parfaitement cette tension. Un père amène son fils malade à Jésus et s’écrie, en larmes :
« Seigneur, je crois ; viens au secours de mon incrédulité ! » (Marc 9:24).
La meilleure description de cette attitude est sans doute celle d’une foi anxieuse. Elle n’est pas une incrédulité totale, mais elle n’est pas non plus une foi pleine et entière. Beaucoup se reconnaissent dans cette position. On croit — ou l’on voudrait croire — mais l’incrédulité n’est jamais loin. Elle se manifeste sous la forme de l’anxiété.
La foi est-elle un choix ?
Cette tension soulève une question essentielle : la foi est-elle un choix que l’on peut faire, ou bien un don que Dieu accorde — ou refuse — souverainement ?
Certains affirment que la foi vient uniquement comme un don spirituel et qu’il n’y a rien que l’être humain puisse faire pour la produire. Ils citent Paul :
« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éphésiens 2:8-9).
Ailleurs, Paul écrit encore :
« À un autre est donnée la foi, par le même Esprit » (1 Corinthiens 12:9).
La foi vient donc bien de Dieu. Mais cela signifie-t-il que l’homme n’a aucune responsabilité dans sa propre foi ? Si la foi ne vient pas des œuvres, peut-on vraiment être tenu responsable de son absence ? Intuitivement, cette conclusion paraît insuffisante.
Jésus attendait la foi
Les récits évangéliques montrent que Jésus attendait — et même exigeait — la foi.
À une occasion, deux aveugles le suivent en criant : « Fils de David, aie pitié de nous ! » Lorsqu’ils arrivent devant lui, Jésus leur pose une question simple :
« Croyez-vous que je puisse faire cela ? »
Ils répondent : « Oui, Seigneur. »
Alors Jésus touche leurs yeux et dit : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matthieu 9:29).
La foi en question était la leur. Jésus ne dit pas : selon ma foi, mais selon votre foi. Tout dépendait de leur réponse à cette seule question : Croyez-vous ?
Un autre épisode renforce cette idée. Un homme amène son fils tourmenté à Jésus après que les disciples n’ont pas réussi à le guérir. La réaction de Jésus est sévère :
« Race incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous ? »
Puis, expliquant l’échec des disciples, il conclut :
« C’est à cause de votre incrédulité… si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé… rien ne vous serait impossible » (Matthieu 17:14-20).
La comparaison est figurative, mais le sens est clair : même une foi infime peut produire de grands effets.
Dans le récit parallèle de Marc, Jésus dit à l’homme :
« Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit. »
La réponse du père de l’enfant reste l’une des plus honnêtes des Évangiles :
« Seigneur, je crois ; viens au secours de mon incrédulité. »
Pourquoi si peu de foi ?
Une question demeure : pourquoi la foi semble-t-elle si fragile ?
Il est possible qu’une raison profonde soit la peur de croire. Croire réellement ouvre la porte à l’espérance — et l’espérance rend vulnérable. Lorsque les choses semblent trop belles, une inquiétude sourde apparaît : cela ne durera pas.
Alors on se protège. On n’ose pas s’attendre à trop. On prie, mais sans réellement croire à une réponse. On demande, mais sans espérer recevoir.
Pourtant, Jésus a dit :
« Ne crains point, petit troupeau ; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume » (Luc 12:32).
Il ne s’agit pas de mérite, mais du bon plaisir de Dieu. Ce qu’il demande, c’est la confiance — une confiance simple, qui consiste à croire ce qu’il dit et à s’appuyer sur sa parole.
Sans cette confiance, il est impossible de s’approcher de Dieu :
« Or sans la foi il est impossible de lui être agréable » (Hébreux 11:6).
Comment la foi vient… et comment elle s’en va
Paul explique clairement comment la foi naît :
« Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ » (Romains 10:17).
La foi se construit progressivement, brique par brique. Elle se déconstruit de la même manière.
Un fatalisme implicite s’est parfois installé : ce qui doit arriver arrivera. Cette idée est rassurante, car elle décharge de toute responsabilité. Mais elle ne correspond pas à l’enseignement de Jésus.
Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus dit explicitement :
« Ne vous inquiétez pas » (Matthieu 6:25).
S’il n’y avait aucun contrôle possible, cette exhortation n’aurait aucun sens.
L’anxiété persistante — la rumination, l’anticipation constante du pire — est précisément ce qui érode la foi.
Le rôle des pensées
Paul écrit aux Philippiens :
« Ne vous inquiétez de rien… et la paix de Dieu gardera vos pensées » (Philippiens 4:6-7).
Puis il précise :
« Que tout ce qui est vrai, juste, pur, aimable… soit l’objet de vos pensées » (Philippiens 4:8).
Il en découle une responsabilité claire : le choix de ce à quoi l’on permet à son esprit de s’attacher. Ce choix influence directement la foi et à faire baisser le taux de l’inquiétude.
Changer ses habitudes mentales ne se fait pas instantanément. Mais, pas à pas, il est possible de construire la foi au lieu de la démolir. Ce n’est pas seulement possible — c’est attendu.